Lénine, l'inventeur du totalitarisme - Cover

Lénine, l'inventeur du totalitarisme

De Stéphane Courtois

2024

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8,7/10

Résumé

Nouvelle édition revue et augmentée de " la " biographie politique de Lénine, par le maître d'œuvre du Livre noir du communisme, best-seller mondial. Vladimir Ilitch Oulianov, plus connu sous le nom de Lénine, a été l'un des personnages clés du XXe siècle. Celui qui, avant 1917, n'était connu que des habitués du mouvement révolutionnaire russe est soudain apparu en pleine lumière. Il s'empara avec une formidable audace du pouvoir en Russie, y créa le premier régime communiste qui allait essaimer dans une vingtaine de pays jusqu'en 1989-1991, ainsi qu'une Internationale dirigeant plus de 90 partis dans le monde. Ce régime et ce mouvement furent la première manifestation de ce que, dès les années 1920, de nombreux observateurs nommèrent le totalitarisme, un phénomène politique inédit caractérisé par sa haine de la démocratie représentative, son mépris absolu des droits de l'homme et la volonté de domination totale d'un parti sur l'État, sur la société et même sur l'individu. Alors que " le grand Lénine " a été présenté durant un siècle comme un immense héros populaire, voire comme un démocrate, l'auteur, s'appuyant sur une impressionnante documentation peu exploitée jusqu'ici, montre qu'en réalité le chef du Parti bolchevique avait conçu son projet liberticide dans l'ombre de la clandestinité durant une quinzaine d'années, avant de profiter, en 1917, de circonstances inattendues pour le mettre en œuvre. Mélange d'utopie radicale et de terreur systématique, ce projet finit par imploser en 1989-1991 non sans laisser derrière lui, à travers le monde, une gigantesque tragédie humaine ponctuée de guerres civiles, de Goulags, de destruction de la culture et de massacres de masse. Loin de l'image glorieuse établie par la propagande des uns et l'ignorance des autres, Stéphane Courtois éclaire la face obscure d'un Lénine qui, dès 1920, devint le modèle-repoussoir de Mussolini puis de Hitler, tandis que ses héritiers – Staline, Mao, Pol Pot... – poussaient la logique du système " léniniste " jusqu'à l'extrême limite du contrôle social et du crime de masse.

Avis et Commentaires

3 avis
VB
Vincenta noté ★ 9/10
26 mai 2024

Objectifs de l’ouvrage: j'ai cherché ici à établir dans quelles circonstances et par quels chemins Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, fut amené à créer le premier régime totalitaire de l'histoire. Et à démontrer l'inanité de deux idées largement répandues: d'une part, que le régime instauré par Staline après 1924 et jusqu'en 1953, qui perdura avec une plus ou moins haute intensité jusqu'à son implosion en 1991, avait peu ou rien à voir avec celui instauré par Lénine en novembre 1917; d'autre part, que c'est sous la contrainte des événements consécutifs à sa prise du pouvoir que Lénine mit en œuvre, entre 1918 et 1921, ce qu'on nomma «le communisme de guerre», caractérisé par des mesures extrêmes dans tous les domaines et qui donna son orientation définitive au régime. La masse de la population ne sait rien et ne s'occupe de rien, sauf de son avantage matériel, en rares en réalité sont les cas où elle soupçonne même vaguement quelque lien entre le changement politique et ses intérêts matériels. C'est cette indifférence des masses qui rend possible l'idée même d'un changement de vie politique. ... la masse n'est que la matière première d'expériences politiques et diplomatiques. Quel que soit le chef, il lui dit ce qu'elle doit faire et elle le fait?. Lénine saura s'en souvenir quand, en novembre 1917, il refusera la défaite des bolcheviks aux élections à l'Assemblée constituante en prétendant que le peuple n'avait pas compris son «véritable» intérêt, L'idée n'était d'ailleurs pas neuve et avait déjà mené à quelques désastres, quand Rousseau écrivait: «Laissé à lui-même, le peuple ne désire que le bien, mais laissé à lui-même, il ne sait pas toujours où est le bien. La volonté générale a toujours raison, mais le jugement qui la guide n'est pas toujours très sûr. Il faut lui montrer les choses telles qu'elles sont et parfois telles qu'elles devraient lui apparaîtrel .» Et pour Plekhanov, il n'y avait plus de «parfois»: «Dans toutes nos conceptions révolutionnaires, nous avons toujours donné à l'intelligentsia le rôle de bienfaiteur providentiel du peuple russe, un bienfaiteur capable de tourner à sa guise la roue de l'histoire dans le sens voulu"'. » Primauté absolue de l'idéologie et de la doctrine à l'encontre de la personne et de ce qui s'y rattache - es sentiments humains, la charité, la compassion, la pitié et le pardon. Pour couronner l'opération, et par un coup de génie sémantique, il qualifia ses partisans de «bolcheviks» - majoritaires - et les autres de « mencheviks» - minoritaires. C'était à la fois, sur un mode pseudo-démocratique, revendiquer la légitimité du nombre et la légalité du vote au congrès, mais aussi stigmatiser ses adversaires pour leur imposer la soumission. À cette nuance près que pour Lénine le fait d'avoir in extremis arraché une majorité de quatre voix valait un aller sans retour -«majorité un jour, majorité toujours ». Il refusait l'idée démocratique de l'alternance, le fait que la minorité d'aujourd'hui puisse devenir la majorité de demain. Déjà était présente la notion d'irréversibilité de la prise du pouvoir qui allait pousser le régime bolchevique, et à sa suite tous les régimes totalitaires, à exterminer leurs adversaires réels ou supposés. « Déjà pointait cette animalisation de l'adversaire qui allait devenir un grand classique de la stigmatisation totalitaire et de la légitimation des extermina-tions: chez les communistes, depuis les «poux» de Lénine" » À Petrograd, croyant que Kerenski revenait avec des troupes, des élèves officiers se révoltèrent, s'emparèrent de quelques autos blindées et réoccupèrent le central téléphonique; mais les troupes du CMR - gardes rouges et marins de Cronstadt - les attaquèrent au canon et à la mitrailleuse, les contraignirent à se rendre, puis les torturèrent avant de les massacrer sauvagement. Le général Karatchan, leur professeur bien connu, fut percé de trente-sept coups de baïonnette. Le commentaire public de Lénine fut laconique: «Que les élèves officiers s'en prennent à eux-mêmes".» Comme à son habitude, il estimait que tous ceux qui contestaient sa position avaient tort. En attendant, la capitale était matée.

Balthazar Vatimbella
Balthazara noté ★ 8/10
18 janvier 2026

Nicolas Thomasset
Nicolasa noté ★ 9/10
5 janvier 2025

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