
Jacques Pilhan
De François Bazin
2013
Résumé
L'étonnante histoire de Jacques Pilhan, ce conseiller de l'ombre décédé en 1998, qui a façonné les relations de deux présidents, François Mitterrand et Jacques Chirac, avec les Français. Jacques Pilhan (1943-1998) était un homme de l'ombre. Mais tout en cultivant le goût du mystère et de la clandestinité, il a su se rendre indispensable à deux chefs d'Etat successifs : François Mitterrand en 1981 et 1988, puis Jacques Chirac en 1995. Pour élever la présidence de la République au-dessus de la mêlée, il a théorisé la rareté de la parole élyséenne. En retraçant le parcours de cet homme qui a révolutionné la communication politique en France, l'auteur nous fait entrer dans les coulisses du pouvoir. Il nous dévoile les mises en scène de certaines décisions, la préparation des émissions politiques ou encore le coaching des chefs de gouvernement et des ministres en vue. Car, de Lionel Jospin à Alain Jupé, en passant par Michel Rocard, Bernard Tapie ou Martine Aubry, toute une génération politique a fait appel aux services du " sorcier de l'Élysée ". A travers son portrait, c'est un aspect méconnu de l'histoire de la Ve République qui est révélé François Bazin est le chef du service politique du Nouvel Observateur. Cet ouvrage a obtenu le prix du livre politique 2010. " Dans la passionnante et talentueuse enquête qu'il a consacré à Jacques Pilhan, François Bazin rappelle une loi absolue édictée par cet alchimiste de la communication : " Parler quand on est impopulaire, c'est comme marcher dans les sables mouvants. Plus on s'agite, plus on s'enfonce " Le Monde " L'un des meilleurs livres politiques de ces dernières années." L'Express
Avis et Commentaires
1 avis« Le secret de la maîtrise du poker, c'est de se conduire d'abord, et autant que possible, sur les forces réelles que l'on se trouve avoir. Il ne faut certainement rien suivre très loin avec des forces médiocres. Il faut savoir employer à fond le kaïros de la force du moment juste. » Ou encore : « L'unité n'est jamais le coup mais la partie. Il est plus difficile de gagner beaucoup au juste moment ; et c'est le secret des bons joueurs. » Ou enfin : « La vérité la plus vraie du poker, c'est que certains joueurs sont essentiellement toujours meilleurs que d'autres ; et c'est aussi la moins reconnue. » « Tout homme porte en lui six ou sept visages différents, dit-il volontiers. L'art de la communication n'est pas de les montrer tous à la fois, ou même de choisir celui qui serait le vrai. C'est de trouver le bon, au moment juste. Car c'est toujours le plus efficace. » « En politique, l'échec n'existe pas. Toute action, même loupée, laisse une trace. Plutôt que de ruminer le passé, l'art des grands c'est précisément de savoir transformer ses handicaps en autant d'atouts, pour une renaissance programmée. » « c'est une confirmation: le commentaire est libre mais la plume est serve, dès lors qu'elle se soumet au verdict de l'audimat ou des sondages. » « Pour lui l'impact est maximum quand l'opinion ressent un message mais « ne décode pas ». Les maîtres mots sont « rareté», « surprise », « risque », «justesse» et « concentration». Rareté, parce qu'une « présence» mal dosée n'est pas un signe de « puissance » et qu'elle contrevient aux lois du « désir». Surprise, parce que « les rendez-vous fixes » sont des « formes attendues » qui brident au lieu de libérer. Risque, parce que le téléspectateur associe, dans un rapport « proportionnel », le danger encouru par l'émetteur à une preuve de sa sincérité. Justesse, puisque « parler au moment juste est supérieur à parler juste» et que le choix du moment, de « la fenêtre de tir », est un élément essentiel du message. Concentra-tion, enfin, parce que, sans elle, c'est « le bruit» qui domine, au risque de « diluer le signal» et donc de banaliser celui qui l'émet. » « Pour lui, l'important n'est pas ce qui est dit mais ce qui est cru. Non pas ce qui est compris mais ce qui est ressenti. Non pas ce qui est vu mais ce qui est ima-giné. La communication n'est pas un art de la compréhension mais une gestion de la sensation, dans un rapport, « en temps réel », avec une opinion globalisée par « le spectacle télévisuel ». « Jacques Pilhan a une certitude : On ne répond pas par la raison à des mouvements irrationnels. Des forces de cette nature ne peuvent être combattues comme si on pouvait les détruire ou les faire disparaître. Au contraire, dit-il, « il faut savoir les gérer en les faisant émerger puis en inversant leur dynamique ». Face à Le Pen, le choc de l'affrontement ne sert donc à rien s'il n'y a pas, derrière, une autre force qui vienne subvertir ses idées, positiver ses réflexes et détourner son cours » « Jacques Pilhan a une méfiance instinctive de ces sondages d'intentions de vote qui, plutôt que de révéler l'opinion des sondés, ne font que reproduire le discours dominant. « Cela fonctionne en boucle, dit-il. Le commentaire induit le résultat du sondage qui lui-même renforce le commentaire. Il en résulte une bulle qui ne veut strictement rien dire. » «S'il fallait simplifier, poursuit Jacques Pilhan, ces urbains sont sans arrêt dans les embouteillages mais les responsables politiques les doublent ou les écartent avec leurs voitures officielles. De manière générale, ils ont la haine des élites dont ils pensent qu'elles travaillent uniquement pour elles. C'est un sentiment pré-révolutionnaire. » « Cela signifie pas qu'il faille tirer dans tous les sens. Dans ce jeu-là, une balle suffit, de préférence avec un silencieux et au moment opportun. » « Les médias ont besoin qu'on les nourrisse. Si on ne leur lâche pas quelques morceaux de viande, ils vous dévorent tout entier. Mais si on les nourrit trop longtemps, ils en redemandent chaque jour davantage. » « Il rappelle qu'un homme sans parole est un roi plein de misère. Il souligne enfin que l'exercice de communication ne consiste pas à plaquer du faux sur du vrai, ou du factice sur du réel, mais à donner à voir ou à entendre - donc à comprendre - ce qui, sans lui, ne serait qu'accumulation de sons ou d'images, privée de cohérence. » « Ce que j'admire dans l'animal politique, c'est la carcasse. La résistance physique (...). La mégalomanie est une armure. La folie douce protège. Elle inspire chez les plus grands une majestueuse solitude, la fameuse gravitas. Le monarque est un homme lent qui prend son temps.» Tout est dit. Mais sur le mode décliniste et ronchon que détestait Jacques Pilhan, tant il lui semblait révéler, derrière un discours bronzé, une impuissance propre à tous ceux qui abandonnent, en armure rouillée et chaussons fourrés, les champs de bataille où se construit l'Histoire.

