
Huis clos
De Jean-Paul Sartre
2019
Résumé
Un publiciste adultère fusillé pour avoir déserté, une jeune bourgeoise qui a noyé son enfant et poussé son amant au suicide, une employée des postes lesbienne qui a peut-être une mort sur la conscience : les trois se retrouvent en Enfer. Contrairement à ce qu’ils croyaient, l’Enfer n’est pas une chambre de torture mais un salon Second Empire où ils vont – éternellement – s’épier, se provoquer, tenter de se séduire et surtout se déchirer. On l’aura compris : « L’Enfer, c’est les Autres. » Créé en 1944, Huis clos illustre une réflexion philosophique menée par Sartre un an plus tôt dans L’Être et le Néant, en particulier sur le « regard de l’autre » qui me constitue en « esclave » vis-à-vis de lui. À ce titre, la pièce s’inscrit dans la tradition, vivace jusqu’après la guerre, du « théâtre d’idées ». Mais, en interrogeant le sens même de l’existence par des dialogues de tous les jours, dans un décor bourgeois qui figure un univers irréel, elle annonce aussi le « théâtre de l’absurde » qui triomphera dans les années 1950. Comédie de boulevard à portée métaphysique, elle doit à cette vocation paradoxale d’être aujourd’hui encore, en France et à l’étranger, l’un des plus grands succès du théâtre français contemporain.
Avis et Commentaires
29 avisHuit Clos se passe en Enfer et ce qui est génial chez Sartre, c’est précisément qu’il n’y a pas de bourreau. Pas de démon, pas d’instrument de torture. Juste trois chaises et trois consciences, et ça suffit. Le mécanisme de la pièce repose sur le fait qu’ils sont leur propre enfer. Et pourquoi ? Parce que la conscience humaine a besoin du regard de l’autre pour exister, pour se définir. C’est le cœur de la philosophie sartrienne : l’être-pour-autrui. Le regard de l’autre me fige, me transforme en objet, me vole ma liberté, et pourtant je ne peux pas m’en passer. Ils auraient théoriquement pu décider de se taire, de coexister en silence. Sartre le montre d’ailleurs : ils essaient, brièvement. Mais la conscience ne supporte pas le vide. Elle a besoin de se raconter, d’être entendue, d’être reconnue, même par des ennemis. C’est presque une cruauté supplémentaire : la liberté est toujours là, formellement. Ils pourraient choisir le silence. Mais leur nature les en empêche. Ce qui renforce la célèbre formule finale — l’enfer, c’est moins les autres en soi que l’impossibilité d’échapper au regard des autres, et à sa propre image dans ce regard.
2e lecture, toujours aussi bouleversante. On a l’impression de comprendre le monde, de se découvrir des vices, d’apercevoir l’humanité dans ce qu’il y a de plus terrible
3 individus sont en enfer apres avoir commis des crimes atroces. Ils dévoilent rapidement leurs visages et leurs vices. Insupportables les uns pour les autres ils ne cessent d’appuyer sur leurs insécurités, de se mentir et de se manipuler. Ils auraient semble-t-il préféré les châtiments corporels à cette torture psychique. L’enfer c’est les autres. Mon avis sur la lecture : pas facile car le contexte est dur à formaliser + les personnages ont parfois une double conscience (ils sont là et dans leurs pensées à la fois). L’arrivée à la phrase connue fait sourire - l’enfer c’est les autres - , je suis contente de l’avoir lu pour cela mais je n’ai pas apprécié plus que cela la lecture.




