
Au bonheur des dames
Au bonheur des dames
7,7/10
Auteurs / Autrices
Résumé
1864 : Napoléon III règne sur les Français. Paris se modernise. C'est le temps des grands magasins.
Avis et Commentaires
153 avisAvant leur apparition, le commerce parisien était entièrement organisé par spécialité : on achetait ses chapeaux chez le chapelier, ses tissus chez le drapier, ses gants chez le gantier. Le grand magasin bouleverse ce modèle en réunissant sous un même toit une immense variété de produits. Il introduit aussi des pratiques totalement nouvelles pour l’époque : le prix fixe affiché sur étiquette, l’entrée libre sans obligation d’acheter, la vente par correspondance, les soldes, et une publicité massive. Le magasin devient un lieu de vie autant que de commerce, avec salons de thé, espaces de lecture, décors luxueux. C’est en somme l’invention du shopping tel qu’on le connaît aujourd’hui. Ce phénomène éclot sous le Second Empire, porté par les grands travaux haussmanniens qui transforment Paris. Les enseignes pionnières sont le Bon Marché (1852), les Grands Magasins du Louvre (1855), le Printemps (1865) et la Samaritaine (1869). Les Galeries Lafayette, elles, n’ouvrent qu’en 1893, trop tard pour que Zola les connaisse. Le magasin fictif du roman n’a jamais existé, mais il repose sur une documentation très précise. Zola se rend plusieurs fois au Bon Marché en 1882, carnet en main, dessine les plans des rayons, observe le personnel, note les techniques de vente. Son modèle principal est Aristide Boucicaut, fondateur du Bon Marché, dont le personnage d’Octave Mouret est clairement inspiré. Zola prend cependant une liberté narrative importante : il condense en moins de dix ans une évolution commerciale qui s’est en réalité étalée sur plus d’un demi-siècle. Au-delà de l’intrigue sentimentale, le roman fonctionne presque comme un reportage : il décrit l’écrasement des petits commerces de quartier, les conditions de travail précaires des vendeuses, les techniques de merchandising et de publicité, et la naissance d’une nouvelle relation entre les femmes et la consommation. C’est pourquoi on peut lire Au Bonheur des Dames presque comme un document historique sur la naissance du commerce moderne. Au fil des pages, on sent toute la recherche que Zola a effectué dans ces lieux. Par exemple, le chapitre 9 sur la nouvelle mise en vente de produits qui se déroule sur une seule mais s’étale sur environ 40 pages. Grace à la plume de Zola, on ressent la foule, la chaleur qui s’en dégage, la ruée dans les rayons à la recherche de la moindre bonne affaire, les longues distances parcourus, les clientes qui se dépouillent de leur raison, les vendeuses sous pression, la machine qui s’emballe. Egalement, on ressent une certaine admiration de Zola pour cette nouvelle urbanisation. Une sorte de triomphe de l’activité moderne. La disparition des petits commerces, toute émouvante qu'elle soit, semble pourtant être une conséquence naturelle de cette nécessaire évolution que le roman finit par présenter comme inéluctable, sinon souhaitable. L’histoire de Denise n’est d’ailleurs qu’un prétexte pour pouvoir lancer son roman. Le véritable personne du livre est le magasin Au bonheur des dames. Zola a voulu raconter l'histoire d'un immense établissement de sa naissance à son expansion finale, de montrer comment, petit à petit, il grignote les commerces alentour, mais aussi de peindre le milieu des employés des deux sexes dans leur fourmillement. Il s'attache ainsi à décrire le fonctionnement interne du magasin, des commandes aux rendus, en passant par les inventaires et la gestion des vols. Il explique par le détail les stratégies commerciales, de la réclame à la guerre des prix, en passant par la présentation des produits et les services annexes proposés aux clientes. Il explique la gestion du personnel, son logement, sa nourriture, le règlement intérieur, les systèmes d'embauche et de licenciement. Il en décrit minutieusement l'architecture intérieure et ses innovations. Zola y décrit aussi tous les rouages d’une société capitaliste. étudie donc la mécanique financière du grand magasin, le rôle joué par les grandes banques, l'importance de la production à grande échelle. Il analyse avec minutie le montage financier qui permet l'expulsion de Bourras, qu'il qualifie de « canaillerie dans toute sa légalité ». La fortune ne se crée pas sur une malhonnêteté, elle est le fruit du travail et de la compétence de grands capitaines d'industrie comme le baron Hartmann ou Octave Mouret. Les stratégies commerciales qu'il décrit sont encore d'actualité, et, dans cet univers mercantile, préfigurant la société de consommation, la femme est un enjeu économique. Zola s’intéresse aussi au rôle de l'argent à tous les niveaux de la société, ainsi qu’au principe de l'intéressement, les primes données à ceux qui découvrent les erreurs des autres induisent une lutte perpétuelle entre individus. Dans cette guerre continue, les plus faibles, ou ceux qui n'arrivent pas à s'adapter, sont écrasés. C'est ce qu'on appelle le darwinisme social. Les employés inefficaces sont renvoyés, les petits commerces détruits. La position de Zola sur cet envers du décor est ambiguë. L'attention qu'il met à faire éprouver au lecteur de la compassion pour les petits laisse penser qu'il est mal à l'aise à ce sujet. Denise, qui est sa porte-parole, souffre de cet état de fait mais finit par reconnaître que « ces maux irrémédiables […] sont l'enfantement douloureux de chaque génération». Zola tente de lutter contre cette vision pessimiste, il cherche à voir, dans cette concurrence et ses effets, une condition nécessaire au progrès : si le meilleur gagne, tout le monde en profite. Il tente, avec le personnage de Denise, de montrer que cette grande machine capitaliste peut également profiter aux travailleurs, qui peuvent bénéficier de conditions sociales améliorées. Dans cette perspective en fait, même les clientes profitent. Les grands magasins sont un lieu où elles peuvent assouvir leurs fantasmes et leurs impulsions. Mais certains lecteurs ont une autre analyse : Henri Guillemin, par exemple, y voit un « capitalisme triomphant » sous « un badigeon paternaliste ». Quant à Denise, elle est un personnage féminin remarquable pour l’époque : elle s’impose par la compétence et l’intégrité, résiste aux avances de Mouret, survit à l’humiliation des autres et obtient même des réformes concrètes pour les employés. À ce titre, elle est indéniablement une femme forte. Cependant, qualifier le roman de « féministe » serait excessif. Sa force est au service des autres — ses frères d’abord, Mouret ensuite — jamais d’une ambition personnelle. Son dévouement maternel très traditionnel la rend sympathique à Zola, mais c’est précisément ce qui la rend acceptable pour l’époque. Le roman se conclut d’ailleurs sur un mariage présenté comme une récompense, logique bien traditionnelle. Une vraie héroïne féministe aurait lutté pour sa propre émancipation. Denise, elle, s’intègre harmonieusement dans l’ordre social sans le remettre en question. On pourrait donc dire : un roman avec un personnage féminin fort, écrit par un homme qui respecte les femmes, sans pour autant questionner leur place dans la société. Au final, Au Bonheur des Dames est bien plus qu’un roman sur la naissance du grand magasin. C’est une œuvre qui interroge, sans les résoudre, les contradictions du progrès : la modernité qui écrase, l’efficacité qui déshumanise, l’émancipation qui reste à moitié accomplie. Il ne prend parti de rien véritablement, sauf, peut être, que toute femme, même forte, doit finir par un homme. Plus d’un siècle après sa parution, les questions que Zola soulève — concurrence, conditions de travail, rapport des femmes à la consommation — n’ont rien perdu de leur acuité. Denise a dû se marier. Le grand magasin, lui, est devenu Amazon.
Le shopping au 19eme siècle
Les détails, l’implication, la recherche et la multitude des personnages en font un livre à lire. Mais pas forcément à apprécier.
Livre d’ecole. Inutile, bien trop long, vide, chiant, … Lecture interminable ou il ne se passe littéralement rien. J’ai vraiment détesté.
Le grand escalier...
Roman le plus joyeux de Zola
DENISE MEUF T’ES TELLEMENT LA REINE QUE TU PENSES PAS ÊTRE !!!!



























