Lucas Blandinières rated ★ 9/10
Western profondément étrange et désenchanté, The Shooting annonce déjà pleinement le climat du Nouvel Hollywood alors qu’il sort un an avant l’explosion "officielle" du mouvement. Monte Hellman déconstruit ici complètement le western classique pour en faire quelque chose d’hostile, d’abstrait et presque métaphysique. Le film est assez déroutant et opaque au premier abord mais cette sensation permanente de malaise et de perte de repères le rend aussi complètement fascinant. À la manière des cinéastes italiens de la même époque, Hellman reprend les codes traditionnels du western — traversée du désert, cavaliers, traque, affrontements armés — mais les vide de leur dimension héroïque. Le désert n’est plus un espace mythologique de conquête ou d’aventure, il devient ici une véritable zone de mort, un environnement étouffant et inhospitalier où chaque déplacement paraît absurde et épuisant. Le film refuse aussi tout point d’ancrage moral clair. Les motivations des personnages restent volontairement floues pendant une grande partie du récit et la mise en scène entretient constamment cette impression d’errance mentale. Le scénario travaille alors des thématiques étonnamment modernes pour l’époque : la culpabilité, le poids de la violence, les rapports de domination, mais aussi une remise en question des figures classiques du western. Le personnage féminin, notamment, occupe une position de contrôle et de domination particulièrement rare dans le genre à cette période. Notre personnage principal semble avancer vers quelque chose qu’il ne comprend pas totalement, mais contre lequel il ne peut pas ou ne veut pas lutter, comme s’il était prisonnier d’un mouvement déjà écrit d’avance. Le final pousse cette logique jusqu’au bout et bascule presque dans l’hallucination. Hellman ne cherche jamais à donner une résolution confortable ou limpide. Au contraire, il laisse le spectateur complètement perdu, avec la sensation d’avoir assisté à une sorte de cauchemar symbolique plus qu’à un western traditionnel. C’est typiquement le genre de film qui gagne énormément à être revu tant il semble rempli d’indices, de signes et de pistes d’interprétation dissimulées. Côté casting, c’est également une grande réussite. Warren Oates et Jack Nicholson sont habités et apportent une vraie intensité à leurs personnages respectifs, tandis que Millie Perkins livre une performance volontairement insupportable et perturbante qui participe énormément au malaise général du film. Will Hutchins complète parfaitement le groupe avec son personnage naïf, presque innocent, totalement inadapté à cet univers brutal et absurde. Chaque personnage possède une identité très marquée et participe à cette atmosphère étrange de quête, en définitive, plus mentale que physique et maquillée en western.
Synopsis
Two miners agree to guide a mysterious woman, who has appeared in their camp from nowhere, to a nearby town; but soon, because of her erratic behavior, they begin to suspect that her true purpose is quite different.











