The Kingdom - Cover

The Kingdom

By Julien Colonna

2024

1h52

mio logo

7.5/10

allociné logo

4.1/5

Press

4.0/5

Spect.
Lucas Blandinières

Lucas Blandinières rated ★ 8/10

Première œuvre assez impressionnante, d’autant plus marquante qu’elle repose presque entièrement sur des acteurs non professionnels. Rien que pour ça, le film force le respect, et la réussite est largement au rendez-vous. Dans Le Royaume, Julien Colonna adopte une approche quasi documentaire. La caméra capte les corps, les silences, les regards avec une grande justesse, ce qui renforce fortement le sentiment de réalisme et d’immersion. On sent surtout un regard profondément attaché à son territoire : la Corse est filmée avec tendresse, entre beauté brute et tension latente, comme un espace à la fois familier et dangereux. Le vrai coup de force du film réside dans son point de vue. En choisissant de raconter cet univers criminel à travers les yeux d’une adolescente, fille d’un parrain local, le réalisateur évite toute frontalité spectaculaire. Le regard est plus intime, plus fragile, presque désarmé face à la violence. Le film devient alors moins un récit de mafia qu’une chronique humaine, douce-amère, sur des hommes enfermés dans des logiques d’ego, de pouvoir et d’argent et l’impact que cela peut avoir sur leurs proches. Le personnage de Lesia est, à ce titre, remarquablement écrit. À la fois victime d’un héritage familial lourd, encore naïve et innocente, mais aussi progressivement attirée par ce monde pour se rapprocher de son père, elle incarne parfaitement cette tension entre rejet et fascination. Son évolution est touchante, presque inévitable. Le film assume aussi un rythme à contre-courant. Là où le sujet pourrait appeler à une tension constante, une cavale haletante, il choisit la lenteur et la délicatesse. Il prend le temps d’installer ses ambiances, de faire exister ses personnages. Il n’y a pas vraiment de bascule narrative claire et c’est une caractéristique à la fois originale et intéressante. Le spectateur est plongé d’emblée dans cet univers, avec cette sensation persistante de douceur mélancolique. Le plan d’ouverture résume parfaitement cette intention — beauté solaire, chant des cigales, mais déjà traversé par la violence (sanglier mort suspendu au premier plan, pinède et mer à l’arrière plan). Cette violence, d’ailleurs, est rarement montrée frontalement. Cette approche rejoint le point de vue de Lesia, toujours proche des événements dramatiques mais qui ne les voit quasi jamais directement. La violence circule donc autrement : à travers les récits des médias, les discussions, les regards, les silences. Elle est hors-champ, mais omniprésente, ce qui la rend tout aussi pesante. Le film comporte pour autant des imperfections. Certains dialogues manquent parfois de rythme ou d’intensité, mais cela tient aussi à l’inexpérience des acteurs qui, paradoxalement, apporte une authenticité précieuse à l’ensemble. Enfin, une réflexion et un regard assez pertinent sur la transmission de la violence. Le cycle de la vengeance trouve ainsi son aboutissement dans un final marquant, où Lesia semble reproduire un schéma inévitable. Une boucle qui se referme, sans véritable échappatoire.

Synopsis

Lesia, a teenager, is taken by a man to a villa where her fugitive father and his men are hiding. A war erupts, leading to death and a chase where father and daughter bond.

Trailer

Reviews and Comments

1 reviews
Aurélien Joubert-Crawley
Aurélienrated ★ 8/10
February 14, 2026

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