Lucas Blandinières rated ★ 9/10
Il y a quelques semaines j’écrivais "le sommet de la carrière de Clint Eastwood réalisateur" en parlant de Mystic River, mais The Outlaw Josey Wales vient clairement jouer dans la même cour, voire plus haut. C’est un western d’une ambition folle, qui flirte avec plusieurs genres. Il reprend beaucoup de codes classiques du western mais prend à la fois au road movie dans sa progression par étapes à travers différents territoires, et presque au film épique dans la trajectoire de son personnage principal. Les 10 à 15 premières minutes sont d’une efficacité redoutable. En quelques séquences, Eastwood raconte tout : Josey, fermier et père de famille, voit les siens massacrés, rejoint un groupe sudiste refusant de se rendre, puis évolue au fil des affrontements jusqu’à devenir un hors-la-loi redouté. Ce qui est remarquable, c’est la manière dont cette transformation est suggérée. On comprend qu’il part de rien, apprend sur le tas, et devient progressivement une figure quasi mythologique. C’est limpide, immersif, et surtout très intelligent dans la mise en scène. Le film s’inscrit aussi dans une période charnière de l’histoire américaine, celle de la fin de la guerre de Sécession. Et plutôt que de proposer une vision simplifiée, il insiste sur une société profondément fracturée. Officiellement, la guerre est terminée, mais dans les faits, la haine, les préjugés et la violence persistent. L’unité est un mythe, et le pays apparaît plus divisé que jamais. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est le regard porté sur les nordistes, rarement aussi critique dans le cinéma américain. Ils sont montrés à travers des trahisons, des manipulations et le recours à des milices brutales pour arriver à leurs fins. Pour autant, le film ne fait pas l’apologie du Sud. Il adopte une position beaucoup plus ambiguë, presque désabusée. Au cœur de tout ça, Josey Wales est un personnage profondément apolitique. À l’image de Blondin dans The Good, the Bad and the Ugly, il est guidé avant tout par une quête personnelle. Ici, la vengeance. Peu importe les camps, les idéologies ou les alliances, tant que cela le rapproche de son objectif. À mesure que le récit avance, le film prend une dimension presque mythologique. Josey, traqué en permanence, avance de lieu en lieu et rassemble autour de lui une galerie de personnages marginaux, qu’il sauve ou rallie. Peu à peu, cette errance se transforme en quelque chose de plus grand, la création d’une forme de communauté, presque familiale. Cet aspect est l’un des plus beaux du film, apportant une vraie chaleur humaine à un récit pourtant marqué par la violence. Eastwood cherche aussi clairement à brouiller les repères moraux. À part les “pieds rouges”, incarnations d’un mal quasi absolu, aucun personnage n’est totalement bon ou mauvais. Josey lui-même est ambivalent : charismatique et puissant, mais aussi brutal, antipathique et dérangeant dans certaines attitudes. Ce refus de l’héroïsation pure annonce déjà la déconstruction du western qu’Eastwood poussera encore plus loin dans Unforgiven. Enfin, le film prend le temps de respirer. Il laisse place à la contemplation, à la grandeur des paysages américains, filmés avec une dimension presque métaphysique. Cette ampleur visuelle renforce encore le caractère épique du voyage. C’est un film riche et assez spectaculaire dans sa forme, qui propose une réflexion nuancée et un vrai travail sur ses personnages. À classer parmi les grands western modernes.
Synopsis
After avenging his family's brutal murder, Wales is pursued by a pack of soldiers. He prefers to travel alone, but ragtag outcasts are drawn to him - and Wales can't bring himself to leave them unprotected.



























