La Belle Image

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De Marcel Aymé

2018

Résumé

Un jour qu''il va faire renouveler ses papiers, notre héros se voit refuser ses photos pour l''excellente raison qu''elles ne le représentent pas, pas du tout. C''est ainsi qu''il découvre qu''il vient de se métamorphoser et qu''il n''est plus le type au visage un peu lourd qui a fait deux enfants à sa femme, mais un homme jeune au physique avantageux. Il lui faut bien faire avec cette nouvelle donne et le voilà qui tente de réorganiser sa vie. Or, à ma surprise (et sans doute à la vôtre), notre narrateur n''envisage pas un instant de tout changer et de tenter de nouvelles expériences. Bien au contraire, il ne pense qu''à travailler dans son entreprise, habiter à la même adresse et à séduire à nouveau son épouse. En attendant d''y être parvenu, pour tous, il sera «en déplacement en Roumanie». Ne croyez surtout pas que vous ayant dit cela, je vous aie tout dit. Ne pensez pas non plus que le sujet soit mince car de cette situation de départ, Marcel Aymé a su tirer une quantité de développements inattendus. Une des grandes qualités de ce roman c''est justement que l''on croit avoir tout de suite compris l''histoire et que l''on s''inquiète déjà de ne plus avoir qu''à assister à son déroulement logique mais que ce n''est pas du tout ce qui se passe. La riche imagination de M. Aymé parvient sans cesse à nous surprendre. Il a vraiment su voir toutes les possibilités que lui offrait cette trame et nous combler de rebondissements et d''observations amusantes et profondes. Car ces considérations, si elles sont parfois originales, sont toujours fort justes. Peut on changer de tête et pas de voix? Peut on changer de tête et pas de corps? Peut-on ne pas changer mentalement quand on s''est complètement métamorphosé physiquement? Qui a raison, celui qui croit ce qu''on lui prouve, contre toute vraisemblance ou celui qui refuse de quitter les limites du vraisemblable quelles que soient les preuves? Etc. Et l''on suivra ici comment cette expérience inattendue permettra à notre héros de mieux se connaître lui-même (à se découvrir même, avec un peu de surprise) et son épouse (avec un étonnement moindre). Nous retrouvons dans ce roman original et agréable à lire, l''humour de Marcel Aymé, sa philosophie pragmatique de la vie et sa familiarité des femmes dominatrices. Non seulement familiarité d''ailleurs mais également goût pour ces femmes, n''est-ce pas le "beau visage mâle" ou le "genre garçonnier"de la "Sarrazine" qui le font tomber amoureux d''elle? C''est majoritairement ce type de femmes que l''on retrouve chez Aymé. Elles ont des idées bien arrêtées, des certitudes et elles savent manoeuvrer pour les imposer, par contre, rien de bien original à espérer de leur côté. "Renée a toujours eu un sens architectural de la société" Mais du côté de l''homme non plus. Il est le plus souvent subjugué et n''aspire qu''à une paix tranquille dans son ménage et même plus largement, dans sa vie. Les préoccupations de Marcel Aymé quant à la vie conjugale sont un sujet qui lui tient à coeur et dont il nous parle souvent et toujours dans ce sens. Sans illusion mais tout autant sans amertume. Et pourtant, constamment, en contrepoint, ce ton un peu ironique du récit, ces remarques pleines d''humour qui nous font comprendre que l''auteur n''est pas dupe, qu''il voit les faiblesses et les lâchetés. Il les accepte de bon coeur, c''est tout. Il n''y a jamais rien de moralisateur chez Marcel Aymé. Il a pris son parti sans réserve de la faiblesse humaine. Trop peut-être, mais en tout cas on ne peut pas l''accuser du contraire. Son humour qui nous suit et surgit à un détour ou l''autre du récit nous amuse, tout comme nous amuse, plus nettement encore le personnage loufoque de l''oncle Antonin, l''inventeur farfelu. Alors conclusion? Eh bien : "Je me dis qu''elle était disputée par son rôle d''épouse et par celui d''amante, comme je l''étais moi-même par mon double personnage, et de conclure que tout ce que m''avait apporté ma métamorphose, le premier venu peut le trouver en soi"

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