
La nuit au cœur
Avis de la communauté
Les lecteurs sont profondément touchés par 'La nuit au cœur', qui entrelace les récits poignants de trois femmes confrontées à la violence conjugale. L'écriture de Nathacha Appanah est saluée pour sa capacité à traiter un sujet aussi délicat avec une grande finesse et une profonde empathie. Le livre est perçu comme un hommage nécessaire et bouleversant aux victimes de féminicide, mêlant récit personnel et enquête journalistique pour un impact émotionnel fort.
👍 Écriture fine et empathique.
👎 Certaines descriptions peuvent être éprouvantes.
Avis et Commentaires
173 avisPrix Femina 2025 Goncourt des lycées 2025 « De ces trois femmes, il a fallu commencer par la première, celle qui vient d'avoir vingt-cinq ans quand elle court et qui est la seule à être encore en vie aujourd'hui. Cette femme, c'est moi. » À travers les destins croisés de trois femmes victimes de la violence de leur compagnon, la romancière explore les mécanismes destructeurs de l'emprise dans son récit le plus personnel. C'est un livre dont on ne sort pas indemne. Une plongée au cœur de la sauvagerie ordinaire. Un texte douloureux qui suinte la peur, la honte, le désespoir. L'écrivaine mauricienne se lance dans une enquête magistrale sur les traces de victimes d'une barbarie masculine dont elle fut elle-même l'objet. Contre l'effacement et l'oubli. Quand elle apprend la mort atroce de Chahinez Daoud, brûlée vive par son mari en pleine rue près de Bordeaux, en 2021, Nathacha Appanah comprend qu'elle ne pourra repousser plus longtemps les fantômes de sa jeunesse. Cette affaire fait en effet remonter à la surface la mort tragique de sa cousine Emma, elle aussi tuée en 2000 par son compagnon sur l'île Maurice. Comme elle fait resurgir les six années passées auprès d'un premier amour violent et dominateur, dans les années 1990, et qui une nuit, a bien failli la tuer. Elle décrit sans fard ce qui lui arrivé : la terreur permanente, la violence des coups, l'isolement et la lente "domestication" psychologique. Manière d'extirper le mal, de l'avaler, de le digérer. Une période sombre de sa vie où elle n'écrit plus. Dépossédée d'elle-même. "Il y a tant de façons de mourir et il y a tant de manières d'avoir peur", assène-t-elle peu de temps avant cette nuit où son bourreau la roue de coups alors qu'elle tente de s'enfuir une énième fois. Une scène où la sensation de mort imminente est littéralement palpable. À quoi doit-elle son salut ? À quelque chose qui survit en elle, du fond des âges. Un instinct, une miraculeuse "envie de vivre" que cet homme n'a pas réussi à lui prendre. Chahinez Daoud et la cousine Emma n'auront pas autant de chance. Pour retracer leurs parcours, "tricoter une sororité", Nathacha Appanah se rapproche des familles, des amis, des voisins, des lieux, révélant les reliefs et les zones d'ombre de ces vies volées. Non, ces femmes n'étaient pas uniquement des victimes. Le récit devient alors "reconstruction", pour éviter qu'à l'effacement se substituent des versions altérées d'elles, déformées par les rumeurs, les clichés médiatiques, les non-dits familiaux sédimentés dans le temps. En ce sens, l'autrice fait brillamment œuvre utile quand elle rassemble les témoignages des proches, retranscrit un quotidien, et ravive les identités de celles dont elle donne à entendre le rire, "un son de joie pure qui fait ensuite pleins de bulles en cascade." Elle s'efforce aussi de démontrer toute la complexité de situations qu'elle apparente à "un terrorisme intime", démontant cette idée répandue qu'il aurait simplement fallu partir. Et découvre au passage à quel point les défaillances de la justice, des services sociaux, de certains policiers ont pu accélérer ces tragédies. Toute une chaîne de responsabilités en somme qui oblige la société dans son ensemble. En France, 137 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint en 2024. Un chiffre qui malheureusement ne baisse pas. Trois femmes qui courent. À quelques années d'intervalle les unes des autres, en trois lieux différents. Rien de commun a priori à part cette course effrénée et leur coeur qui bat à éclater. Oh il ne s'agit pas d'une belle course bien nette, fulgurante, élégante, conquérante, non, plutôt d'une course chaotique, désespérée, pathétique qui les fait ressembler à des pantins désarticulés. Chacune de ces femmes sait la mort toute proche, elle sait qu'elle n'a aucune chance d'échapper à son poursuivant, et pourtant elle court, animée par l'espoir, un espoir insensé mais tenace. Pour Nathacha, Emma et Chahinez, le chasseur a un visage bien identifié. Connu, familier, intime. Le visage de l'homme auquel elles ont librement consenti à lier leur vie. Il veut les tuer et c'est bien réel. Ils veut les tuer et c'est son unique projet, son obsession, à cet homme qui dit les aimer. C'est cela l'insondable mystère, et c'est cela le comble de l'absurde et de l'horreur. Que l'amour engendre la plus abjecte des prédations et la plus humiliante des soumissions. Nathacha Appanah dans ce livre hybride qui mêle introspection, récit documentaire, pensée morale et politique ainsi qu'une intense réflexion sur ce que peut et doit être la littérature, ne s'intéresse pas aux raisons, motivations et pulsions de ces hommes. Dans son livre, ils seront bouche fermée et « il n'y aura aucune place pour les explications psychologisantes qui ne servent qu'à disculper les coupables, à susciter l'empathie et à effacer leurs victimes ». Non, ce à quoi s'intéresse Nathacha Appanah, ce qu'elle interroge sans relâche avec une douloureuse lucidité et une grande humilité, c'est ceci : comment en arrive-t-on à accepter l'inacceptable ? Pourquoi accepte-t-on durant de longues années d'être humiliée, soumise, brutalisée, violée par l'homme qui prétend vous aimer ? En enquêtant sur l'assassinat d'une monstrueuse barbarie dont a été victime Chahinez Daoud en mai 2021 à Mérignac, une commune proche de Bordeaux, puis sur un meurtre survenu vingt ans plus tôt à l'île Maurice vite effacé de la mémoire collective et familiale, celui de sa cousine Emma, Nathacha Appanah remonte patiemment le fil d'une mémoire brisée, la sienne. Exhumant péniblement ce qu'elle avait occulté pendant plus de vingt ans : « L'année de mes dix-sept ans, je suis tombée dans un trou. J'ai glissé lentement, tout doucement, sans vraiment m'en rendre compte. » Elle est restée huit ans au fond du trou. Et si elle en a réchappé, contrairement à Chahinez et à Emma, cela tient davantage du miracle qu'autre chose. Bien qu'elle n'en sache rien, au fond. Elle ignore à quoi, à qui — à elle-même et à son instinct de survie ? à lui et à un ultime soubresaut de lucidité ? à la présence silencieuse mais bien réelle de ses parents ? — elle doit aujourd'hui d'être en vie. Ce qu'elle sait en revanche, c'est que même si désormais sa vie lui est précieuse, même si elle a réalisé son rêve d'enfant, devenir écrivain, même si elle a quitté l'île Maurice et s'est installée en France, même si elle vit aujourd'hui avec un homme bon dont elle a eu une fille, elle ne peut oublier ce trou. Ni la terreur, ni la honte qu'il renferme. Et la colère qui l'étreint, qui devrait légitimement s'exprimer à l'égard de l'homme qui l'a alternativement envoûtée avec des mots et dominée avec son corps épais et mûr, c'est avant tout à l'égard d'elle-même qu'elle l'éprouve. « Je rêve parfois de faire le procès de cette fille, de l'interroger avec preuves et phrases cinglantes, témoignages et attestations de moralité et alors d'entrevoir sa faiblesse, sa maladie mentale, son manque d'intelligence, sa bêtise, d'identifier les graines de cette folie qui s'est emparée d'elle. » Étais-je la victime idéale ? s'interroge-t-elle. Existe-t-il une prédisposition à être asservie, soumise ? Qu'est-ce qui dans son enfance, dans son histoire personnelle et familiale, dans ses aspirations à mener une vie indépendante et libre, à s'affranchir des chaînes de la tradition, l'a conduite paradoxalement à tomber comme un fruit mûr dans les mains d'un homme de trente ans son aîné ? Un homme auréolé du prestige du poète maudit dont elle rêvait de faire son allié. Existe-t-il des raisons sociales, culturelles, intimes, psychologiques, historiques à ce qu'un être humain devienne l'esclave d'un autre ? À cette douloureuse confession répond le récit sous forme d'enquête que mène Nathacha Appanah sur sa cousine Emma et sur Chahinez Daoud. Loin de tout voyeurisme et de toute complaisance, elle s'efforce de redonner vie et voix à ces jeunes femmes afin de les extraire de l'image figée, terriblement réductrice, vaguement honteuse de victime de féminicide. Elle ne cache pas la difficulté de l'entreprise, que dis-je, l'impossibilité de traduire en mots l'indicible : « Je voudrais écrire ce qui va suivre en ponçant la langue, les mots, l'orthographe, la grammaire, gratter, gratter jusqu'à buter sur l'os même de l'acte et qu'il existe sur cette page comme tel : un geste inqualifiable, innommable, sans langue, sans mots, sans orthographe, sans grammaire. » Elle ne cache pas les moments de découragement face à « ce projet fou de retourner la peau d'une partie de sa vie en racontant son angle mort et sa violence, d'aller à la recherche d'Emma et y parvenir à peine parce que c'est trop tard, de retenir Chahinez dans la lumière du jour à tout prix ». C'est une quête désespérée, Nathacha Appanah le sait, mais elle ne peut faire autrement qu'obéir à son impérieuse nécessité. Convoquant « L'autre tigre » de Borges, poème d'une suprême beauté sur l'aventure insensée qu'est l'écriture, elle mènera, en dépit des moments de doute, en dépit de la douleur qu'elle s'inflige, en dépit de l'obscurité, du silence et de l'impuissance, son projet littéraire jusqu'au bout, s'approchant en cercles concentriques obstinés au plus près du troisième tigre, celui qui n'est ni réel, ni imaginaire, mais « le résultat d'un esprit, d'un corps, d'années de réflexion, d'expérience, de mots et d'images ». Pour Nathacha Appanah, ce livre, c'est aussi « l'écriture du temps, parce que c'est un livre du temps et une exploration de l'écriture même, de l'ombre de l'écriture ». Le livre semblait être le seul endroit où raconter ces récits et écrire le temps : « je savais que j'allais écrire un livre sur le temps et il n'y a pas d'autre endroit que dans un livre littéraire où le temps se contracte, le temps devient élastique. Je savais que j'allais écrire sur le temps de Chahinez qui était le temps du fait divers, ce temps cacophonique avec plusieurs voix qui se superposent. Je savais que j'allais écrire sur le temps d'Emma, ma cousine, qui elle, était complètement effacée de la mémoire de ses enfants, de sa mère, et même de manière tangible, il ne reste qu'une photo d'elle. Enfin, je savais que j'allais écrire sur mon propre temps, à l'épreuve de ma propre langue ». « Chercherons-nous un autre tigre, le troisième ? Mais il sera toujours une forme du rêve, Un système de mots humains, non pas le tigre Vertébré qui, plus vieux que les mythologies, Foule la terre. Je le sais – mais quelque chose Me commande cette aventure indéfinie, Ancienne, insensée ; et je m'obstine encore À chercher à travers le temps vaste du soir L'autre tigre, celui qui n'est pas dans le vers. » Jorge Luis Borges
Histoires croisées de trois feminicides. Fort , intense, révoltant… Écriture directe pudique profonde très émouvante . Un nouveau plaidoyer pour l’implication de la société et surtout des hommes pour mettre fin à ces abominables tragédies
Trois femmes fondamentalement différentes sont sous l’emprise de trois hommes aux méthodes d’asservissement et d’humiliation identiques: la jalousie, le rabaissement, l’isolement, la surveillance et la violence physique, verbale, morale et sexuelle. Certains passages sont durent à lire, leur culpabilité fait mal au ventre, l’injustice est effarante. La question du « pourquoi moi » revient souvent, mais celle que je me pose moi c’est pourquoi eux? Comment trois hommes peuvent-ils devenir ce genre de monstre avec le même profil psychotique et les mêmes méthodes d’emprise sans jamais les avoir appris. Est-ce un schéma familial? Est-ce un impact du « coût de la virilité »? Est-ce innée? Comment on peut en arriver là sans avoir un réel pet au casque? Je n’ai malheureusement pas eu ces réponses… La description de l’emprise du poète la première fois qu’il va chez lui, culpabilité, impuissance, ensorcellement. Manque de modestie, 10 livres chez Gallimard, six mois à sciences Po, l’avocat qui la cite lors d’une audience… est-ce nécessaire? « Il y a le cri des mères qui voudraient remonter le temps et prévenir, il y a une partie des corps des mères qui meurent en même temps que leur enfant. » et plus loin elle l’a répété en ajoutant « …et il y a des mères qui entendent leur enfant les appeler au secours. »… un peu d’instinct maternel saupoudré de magie… “Chahinez était vivante quand elle a pris feu et elle est restée en vie jusqu’à ce que son corps soit quasi entièrement brûlé.” La comparaison avec le requin fait froid dans le dos…
Les Feminicides et leur impact social. Basé sur des faits divers et sa propre expérience. Un mécanisme glaçant décrit avec précision. Une partie de l’histoire basée sur sa propre expérience et l’autre qui se lit comme une enquête.
poignant… mais je n ai pas été emportée par le récit ; je sui restée en marge, en observatrice.Les situations sont intellectualisées, l émotion ne l emporte pas.
Témoignages violents , incisifs sur trois femmes ( dont deux feminicides ) dont l'Autrice qui sera la seule à s'en sortir- Écriture répétitive , appuyée, l'autrice insiste sur cet injustice, ces violences...qui font que nous ne pouvons que condamner ces hommes. L'emprise de ces femmes , Il faut le lire!
Je ne suis jamais vraiment rentré dans le récit. Le sujet est poignant mais l'écriture ne m'a pas du tout parlé. Les histoires racontées sont éprouvantes mais le récit m'a laissé un peu éloignée comme une spectatrice à qui on dit quand il faut réagir, pleurer... J'ai vraiment subit cette lecture. Et j'en suis la première désolée tant j'avais envie d'aimer ce livre.



















