Nos funérailles - Cover

Nos funérailles

De Abel Ferrara

1996

1h39

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9,0/10

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6,6/10

Synopsis

New York, années trente. La famille Tempio se réunit pour pleurer un de ses membres, Johnny, qui vient d’être assassiné. Il y a là Ray, le chef du clan, qui n’attend que le moment propice pour venger la mort de son jeune frère. Il y a aussi Chez, l’autre frère, dévoré par une maladie mentale qui le rend incontrôlable. Ensemble, tous se souviennent de Johnny. Mais vient l’heure de la vengeance...

Bande d'annonce

Avis et Commentaires

1 avis
Lucas Blandinières
Lucasa noté ★ 9/10
4 septembre 2025

Première incursion pour moi dans le cinéma d’Abel Ferrara, l’expérience est pas joyeuse mais elle est d’une beauté sombre assez saisissante. Le récit est déconstruit mais parfaitement maîtrisé. Il est ancré autour de la veillée funèbre de Johnny, le moment où son corps est ramené au domicile familial pour être exposé avant l’enterrement. Autour de ce huis clos mortuaire, Ferrara tisse des allers-retours constants entre plusieurs temporalités, les jours précédant son meurtre et l’enfance des trois frères. Ces fragments du passé permettent de mieux comprendre les fractures intérieures, notamment celles de Ray. La relation entre les trois frères est fascinante. Trois tempéraments, trois visions du monde, trois manières d’habiter la violence. Ils s’opposent, se jugent, se supportent difficilement, mais l’amour fraternel est indéniable. C’est justement cette tension permanente entre affection et incompréhension qui rend leur dynamique si tragique. Christopher Walken est impressionnant en chef mafieux autoritaire, il impose une présence forte mais tourmentée. Vincent Gallo livre une performance intense, nerveuse. Chris Penn incarne un personnage troublant, instable, constamment à fleur de peau. Et Benicio del Toro, dans un rôle plus secondaire, dégage une classe magnétique. Le titre n’est pas qu’un simple cadre narratif, il infuse tout le film. L’atmosphère est funèbre, lourde, fataliste. On a l’impression que tout est déjà écrit, que le poids du destin écrase les personnages. Les musiques, incroyablement belles et mélancoliques, accentuent cette sensation de deuil permanent. Ferrara donne aussi un rôle tragique aux femmes de cet univers. Elles sont les victimes directes de cette violence masculine, condamnées à la tristesse et à l’attente. Soumises aux coups de sang et à la frénésie vengeresse des hommes, elles semblent totalement désarmées face à leur brutalité souvent absurde. Elles encaissent les conséquences d’actes qu’elles n’ont pas commis, portent le deuil, tentent d’apaiser, mais restent impuissantes face à un système où l’orgueil et la vengeance priment sur toute forme de raison. A aucun moment elles n’ont le pouvoir d’inverser le cours des choses et c’est justement ce constat qui rend le film encore plus amer. The Funeral parle de famille et de communauté, de liens fraternels puissants mais profondément dysfonctionnels, de désir de vengeance et de transmission de la violence dans un milieu criminel austère où l’honneur et la foi cohabitent avec la brutalité. L’acte final est saisissant, d’une beauté symbolique évidente, presque mystique, et en même temps d’une atrocité visuelle frontale. Une œuvre austère, habité et profondément tragique qui trouve justement sa puissance dans ces sentiments sombres.

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