Le Gaucher - Cover

Le Gaucher

De Arthur Penn

1958

1h42

DrameWestern
mio logo

7,5/10

allociné logo

4,0/5

Presse

3,6/5

Spect.

Synopsis

Un riche fermier adopte un jeune orphelin, William Bonney, surnommé Billy le Kid. Mais peu de temps après, lors d'une attaque, le fermier est assassiné par quatre hommes. Dès lors, Billy jure de venger son père adoptif et abat deux des malfaiteurs. Son ami, Pat Garrett, tente de le dissuader d'assouvir sa soif de vengeance, mais Billy tient à retrouver les deux autres responsables...

Avis et Commentaires

2 avis
Lucas Blandinières
Lucasa noté ★ 8/10
Il y a 6 jours

Ayant vu Pat Garrett and Billy the Kid de Sam Peckinpah il y a quelques semaines, je trouve The Left Handed Gun particulièrement intéressant à mettre en parallèle avec. Les deux cinéastes appartiennent à la même génération, ont souvent été comparés, et surtout se sont attaqués au même mythe américain. Mais leurs lectures de l’histoire semblent presque se répondre, voire se défier, et cet aspect là est assez fascinant. Chez Arthur Penn, le récit se concentre sur Billy the Kid et le dépeint de manière assez négative : impulsif, violent, immature, égocentrique, incapable de contrôler ses émotions. En parallèle, Pat Garrett apparaît plutôt comme un homme droit, représentant d’une forme d’ordre nécessaire. Peckinpah, quelques années plus tard, semble presque prendre le contrepied de cette vision. Lui recentre son film sur Garrett mais le rend beaucoup plus ambigu et faillible, tandis que Billy devient une figure plus libre, plus romantique, presque réhabilitée. Comme si Peckinpah considérait la lecture de Penn trop conventionnelle, trop attachée à l’idée classique de la victoire de la loi sur le hors-la-loi, et voulait en proposer une version plus libertaire et désabusée. Ce qui fonctionne particulièrement bien dans The Left Handed Gun, c’est justement l’écriture de Billy the Kid et son rapport à sa propre légende. Le personnage est à la fois traqué par les autorités et adulé par une partie de la population, vu comme une sorte de héros populaire défiant le pouvoir établi. Pourtant, le film refuse d’en faire une figure héroïque. Billy apparaît surtout comme quelqu’un de profondément instable, guidé par ses pulsions et son obsession de vengeance. Il y a ainsi une vraie réflexion sur la fabrication des mythes américains : l’homme finit dépassé par son propre récit, par la fascination qu’il suscite et par les interprétations des autres. Cet aspect est particulièrement bien incarné à travers le personnage de Moultrie, admirateur absolu du Kid qui contribue lui-même à nourrir et propager la légende. Le film insiste aussi beaucoup sur le côté littéralement “kid” du personnage. Billy réagit souvent de manière enfantine, incapable de maîtriser ses ressentis ou ses accès de colère. Sa quête de vengeance après la mort de Tunstall ressemble presque à celle d’un enfant ayant perdu une figure paternelle de substitution. Ce besoin obsessionnel de vengeance devient alors moins une quête de justice qu’une réaction émotionnelle incontrôlée. Et plus le récit avance, plus Billy s’enfonce dans quelque chose de sombre. Son rapport à la violence se radicalise, son équilibre mental se fissure et ce qui ressemblait au départ à une fidélité presque noble envers Tunstall finit par virer à l’aliénation pure. Paul Newman est d’ailleurs absolument électrique dans le rôle. Il apporte une énergie nerveuse, presque imprévisible, qui donne au personnage une vraie singularité et empêche le film de tomber dans le western classique trop sage. L’unique point noir du film à mon sens reste son aspect visuel. Ce noir et blanc paraît étonnamment daté pour un film de 1958, avec parfois une impression de production des années 30 ou 40. Le film mériterait vraiment une restauration plus ambitieuse tant le récit et les thématiques restent passionnants aujourd’hui, d’autant plus lorsqu’on le met en dialogue avec la version de Peckinpah.

Xavier Cholet
Xaviera noté ★ 7/10
28 août 2025

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