Cutter's way (la blessure) - Cover

Cutter's way (la blessure)

De Ivan Passer

1981

Drame

1h49

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7,0/10

imdb logo

6,8/10

Synopsis

Suspecté d'avoir assassiné une adolescente, Richard Bone, un gigolo sur le retour, se tourne vers son meilleur ami Alex Cutter, un vétéran du Vietnam qui a perdu une jambe sur les champs de bataille. Ensemble, les deux hommes tentent de retrouver le véritable assassin. Quand ils mettent enfin la main sur le tueur, Cutter décide de ne pas prévenir la police et de faire du chantage à leur suspect. Lorsque ce dernier se retourne violemment contre eux, Cutter et Bone se trouvent pris dans un chantage meurtrier.

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Bande d'annonce

Avis et Commentaires

3 avis
Lucas Blandinières
Lucasa noté ★ 9/10
13 mars 2026

Au départ je pensais être devant un récit assez classique, un polar bien exécuté et porté par de bons acteurs. Mais Cutter’s Way se révèle être bien plus que ça. Derrière son intrigue criminelle, le film délivre un regard analytique et politique d’une lucidité consternante. Le film est déjà assez atypique pour son époque. À la manière Thief ou de First Blood, il sort au début des années 80 mais reste profondément ancré dans l’esprit du cinéma américain des années 70. On y retrouve cette vision désabusée : défaite des idéaux de la contre-culture, victoire du capitalisme triomphant, cicatrices laissées par la guerre du Vietnam et profonde défiance envers les institutions politiques. Cette tonalité très seventies se manifeste aussi à travers les personnages, et notamment ce trio central formé par Jeff Bridges, John Heard et Lisa Eichhorn. Leur relation forme une sorte de triangle amical et amoureux étrange, fragile et dysfonctionnel, qui reflète parfaitement l’état moral du film. Le personnage de Bridges incarne une forme de passivité presque détachée. Bone est un homme qui traverse les événements sans véritable engagement, avançant au gré des circonstances et ne semblant réellement se soucier que de lui-même. Il représente en quelque sorte l’individualisme américain, cette capacité à continuer sa route en ignorant les injustices qui l’entourent. À l’opposé, Alex Cutter, interprété par John Heard, est un personnage consumé par la colère et la frustration. Vétéran brisé par la guerre, mutilé physiquement et moralement, il est devenu un laissé-pour-compte qui voit dans la société américaine un système dominé par les puissants, où les élites manipulent et écrasent les autres en toute impunité. Cutter est animé par un sens presque obsessionnel de la justice, prêt à basculer dans l’anarchisme ou la violence pour tenter de rétablir un semblant d’équilibre. Mais son combat est ambigu : sa détermination peut aussi apparaître comme une forme de paranoïa ou d’aveuglement, comme si sa rage l’entraînait parfois trop loin. Entre ces deux figures se trouve Mo, incarnée par Lisa Eichhorn, personnage particulièrement bouleversant. Elle aussi est une laissée-pour-compte, avançant dans la vie avec une lassitude presque mécanique. Sa tristesse est palpable, nourrie par une profonde lucidité sur sa situation et sur le monde qui l’entoure. Contrairement aux deux hommes, elle semble avoir abandonné toute illusion. Cette lucidité se manifeste dans ses dialogues, souvent directs et brutaux, notamment lorsqu’elle confronte Bone et Cutter à leurs contradictions. La mise en scène vient régulièrement appuyer cette vision critique du monde. Plusieurs images soulignent la domination des puissants et l’omniprésence du capitalisme. Une scène montre par exemple un voilier glissant sur une mer calme, dans un décor presque idyllique, mais à l’horizon apparaît une gigantesque plate-forme pétrolière, intrusion brutale de l’industrie dans le paysage naturel. Dans une autre séquence, un lustre Coca-Cola domine un intérieur, rappelant que la puissance économique s’infiltre jusque dans les espaces privés. Et lorsque les personnages se retrouvent face à l’immeuble du milliardaire J.J. Cord, celui-ci est filmé en contre-plongée, comme un géant écrasant les individus. Les dialogues participent aussi beaucoup à la force du film. Plusieurs passages sont particulièrement marquants, notamment cette tirade de Cutter, d’une lucidité glaçante : I watched the war on TV just like everybody else, okay ? Thought the same damn things, you know, what you thought when you saw a picture of a young woman with a baby lying face down, dead in a ditch. Two gooks. You had three reactions, Rich, same as everybody else. The first one was real easy. "I hate the United States of America". You see the same damn thing the next day and you move up a notch, "There is no God". But you know what you finally say, what everybody finally says, no matter what ? "I’m hungry". En quelques phrases, Cutter résume une forme de nihilisme politique : l’indignation morale finit toujours par se dissoudre dans la routine quotidienne et les préoccupations individuelles. Et c’est toujours aussi percutant, toujours aussi d’actualité. Au fond, le film semble proposer une réflexion presque tragique sur la justice. La “voie de Cutter” serait celle d’un engagement total, d’une volonté de s’opposer réellement à l’ordre établi, quitte à risquer sa vie et à recourir à la violence. Mais cette voie apparaît aussi comme désespérée, peut-être vouée à l’échec dans un monde dominé par des forces bien plus puissantes, qui dépassent largement l’individu. Avec son mélange de polar, de critique sociale et de mélancolie politique, Cutter’s Way s’inscrit clairement dans la lignée des grands films du Nouvel Hollywood. C’est brillant, profondément ancré dans son époque, et ce regard désabusé sur notre système reste encore aujourd’hui d’une étonnante pertinence.

Johan Jezequel
Johana noté ★ 4/10
18 octobre 2025

JV
Jean-Christophea noté ★ 8/10
18 avril 2024

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